
La belle saison ouvre parfois la porte à un changement d’habitude ou à l’exploration de nouvelles activités. Aujourd’hui, je voudrais te parler d’une activité à moindre coût, accessible que l’on soit en ville ou en campagne : marcher dans la nature.
Nul besoin d’habiter au bord de la mer ou à la montagne pour pouvoir se connecter à la nature. On fait avec ce qui est au plus proche de chez nous : un parc municipal, un petit bois, une forêt, des sentiers de randonnée, une plage, un chemin qui longe des champs… On essaie autant que possible de choisir un espace où l’on va pouvoir marcher en présence d’arbres, d’herbes, de fleurs,… bref, en présence de nature. On essaie de s’offrir au minimum un quart d’heure pour commencer si cette pratique nous est très éloignée, et autant que possible si on a la possibilité (30min à 2H idéalement par semaine).
Réapprendre à marcher
On entend souvent que « marcher vide la tête ». Pour certain.e.s, la marche permet d’évacuer le stress, les tensions accumulées. On enfile ses baskets, on met un casque sur ses oreilles et on part marcher jusqu’à se sentir apaisé. On revient à la maison quand on sent qu’on s’est bien défoulé. C’est un premier pas vers la pratique de la marche dont je veux te parler ici. Progressivement, on va essayer de ralentir et si possible, de laisser nos sens s’éveiller. On essaie de prendre conscience des pas, du tempo du corps, de notre respiration.
Au départ, lorsqu’on marche, on déroule les pas mécaniquement, on regarde le sol, encore absorbé par nos pensées. Puis progressivement et surtout naturellement, sans chercher à contrôler, on va observer qu’on a amené davantage de conscience dans notre marche. On sent que notre espace thoracique est plus ouvert, qu’on respire mieux. Et on commence à lever les yeux, à regarder autour de nous. On va essayer de déposer notre attention sur la vie qui se déroule autour de nous. Un peu comme lorsqu’on nage et qu’on sort la tête de l’eau : tous nos sens sont à nouveau accessibles. Ici c’est pareil : je sors de ma sphère mentale et j’accueille ce qu’il se passe autour de moi ; le chant des oiseaux, le bruit de mes pas, les conversations autour de moi. Mon champs de perception s’élargit. Finalement, pour pratiquer cela, on essaie de se laisser tranquille : ce n’est pas quelque chose à atteindre. On marche et on laisse venir. Si on marche et que nos pensées sont toujours présentes, ce n’est pas grave. On essaie de les laisser nous traverser, comme lorsqu’on pratique la méditation. On se laisse du temps. Prenons l’exemple de la course à pied. Au début, c’est 5 minutes puis on trouve notre rythme au fur et à mesure de nos sorties, par la régularité et la discipline, et on augmente la distance. Pour la marche, c’est pareil. Si pour commencer, j’ai besoin de mes écouteurs et de ma musique ou de partager ce moment avec un.e ami.e, parce que je ne souhaite pas me retrouver face à moi-même, alors je procède comme cela. J’avance à mon rythme.
Je te parle de mon expérience personnelle : j’ai commencé à marcher dans la nature lorsque j’étais au chômage. Passer d’un emploi du temps chargé à des journées totalement libres où je me sentais inutile étaient devenu source de stress. Donc j’ai commencé à faire le tour du Parc de Sceaux, casque sur les oreilles en écoutant des podcasts. Puis, un jour j’ai décidé de marcher sans bruit, sans distraction. Je ne saurais te dire si je marchais depuis 5 jours ou 2 mois, mais j’ai alors retrouvé un peu de cet émerveillement qu’on a quand on est enfant, à regarder les oiseaux, les écureuils. Cela a vraiment été un élément de mieux-être dans ma vie.
Marcher pour mieux se connaître
Puis la régularité va s’installer, et un beau jour, tu vas te sentir à l’aise avec ce rendez-vous avec toi-même. Marcher seul.e devient une parenthèse d’introspection, de questionnements philosophiques, d’expérience de la solitude. Marcher peut également devenir une pratique méditative. Quand on marche (et notamment seul), on est dans un rapport direct avec soi. Cela nous permet de mieux nous connaître. On fait le tri dans des pensées qui peuvent tourner en boucle. On prend du recul. Comme dans la pratique de méditation, on est installé dans notre corps, ancré solidement : il peut s’ouvrir, déposer ce qu’il a à déposer. La tête s’aère, s’allège à son tour. Les pensées ralentissent. D’ailleurs, c’est intéressant à observer : je marche rapidement, j’évacue, je soulage. Je commence à ralentir le pas quand ma tête est un peu plus légère.
Dans le yoga, c’est ce qu’on appelle Svadhyaya = la connaissance de soi. Une expérience où on est uniquement avec soi, pour se rencontrer à nouveau, se découvrir autrement, tenter de comprendre nos schémas. Un peu comme le dicton « La nuit porte conseil », je trouve que la marche apporte des réponses, de la clarté. Nos pensées s’espacent et dans cet espace plus aéré, une forme d’apaisement peut se dessiner.
Retrouver le lien avec le « sauvage »
J’ai bien conscience que lorsqu’on vit en ville et que la nature ne fait pas partie de notre vie, on peut ressentir une forme d’appréhension à aller à la rencontre de la nature. Pour se rassurer, on peut se dire qu’elle fait partie de nous. Nous sommes des animaux. Nous sommes des êtres sensibles, nous percevons notre environnement avec notre mental bien sûr mais également avec nos sens. Marcher dans la nature nous permet de décupler nos ressentis, d’élargir notre palette (sons, odeurs, couleurs, formes…). Marcher en conscience, c’est habiter son corps et son environnement. S’ancrer profondément.
Avec la pratique, on a une perception plus fine du vivant. Il devient familier et rassurant. Il devient notre allié pour retrouver le chemin vers nous-mêmes. On comprend son fonctionnement et alors peut s’ouvrir un espace de contemplation.

Marcher : une invitation à la contemplation
Si la nature devient une alliée, on aura envie d’en savoir davantage sur elle. On observe, on ralentit le pas, on s’arrête, on écoute. Le silence fait alors partie de la pratique. Il est un réconfort dans un quotidien chargé, il ne fait plus peur ; il rassure et permet d’ouvrir un espace de contemplation, suspendu. Ce sont ces moments qui font du bien au cœur, à la tête et au corps. Ceux où on peut ressentir une joie simple mais une joie profonde. On s’émerveille (cf. article Questionner son rapport au temps et à l’émerveillement) du passage d’un oiseau, de la brise sur les joues, de l’odeur de la pluie sous les arbres ou de marcher dans des flaques d’eau.
On ouvre alors une page de notre vie où ne rien faire, être là en présence de soi et de son environnement ne nous apparait plus comme du temps perdu. C’est un temps long, précieux, ressourçant. Vital.
Je te souhaite de belles marches, petites ou longues, en milieu urbain ou reculé. N’hésite pas à m’écrire pour me partager ton expérience.
A bientôt.
Suggestions :
- Une idée de podcast pour marcher accompagné : Les baladeurs
- Trouver des idées de randos à faire autour de chez soi : Chilowé
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