Le yoga : un sport ? Une pratique méditative ? Une pratique ascétique ?

A la rencontre de ses différentes formes et interprétations

Dans cet article, j’ai envie d’échanger sur les différentes représentations que l’on peut se faire du yoga et tenter de répondre aux interrogations.

Le yoga est souvent étiqueté comme un sport : parfois doux lorsqu’on l’identifie comme une pratique de stretching et parfois plus dynamique lorsqu’on le visualise sous forme d’enchainements techniques. S’il comprend bien un travail physique au travers des postures, il propose une palette d’autres approches riches et variées, fort d’une évolution sur plusieurs milliers d’années. Certaines lignées sont très attachées à l’alignement dans les postures, à des enchainements précis, d’autres se concentrent sur des pratiques plus méditatives, où la posture parfaitement exécutée est secondaire, où le ressenti va primer. Il faut toujours garder à l’esprit que le mot Yoga a évolué avec les années, a porté plusieurs significations et aujourd’hui encore, le yoga est multiple et propose des approches variées. Il est important de se questionner sur ce que l’on recherche pour pouvoir s’adresser au bon professeur et à la bonne approche.

Question récurrente : le yoga est-il un sport ?

Oui et non. 🙂

Oui, le yoga est aujourd’hui très souvent considéré comme une pratique sportive. D’ailleurs, le yoga sera peut-être présent aux JO 2036 donc le débat est véritablement ouvert. Comme énoncé plus haut, dans un cours d’1H/1H30, en France, on va souvent accorder une grande partie de la séance au travail postural. Certain.e.s profs aiment également proposer les dimensions énergétique, philosophique et historique de la pratique, mais on ne va pas s’attarder sur cet aspect ici. Le yoga est souvent présenté comme une discipline où l’on met en avant la souplesse, la force, la mobilité, l’équilibre mais également des enchainements plus ou moins rythmés. Selon les postures, on va travailler par groupes de muscles et en cela, on sera effectivement dans une approche sportive. Certaines pratiques sont cardio et/ou nécessitent de développer de la force et les élèves peuvent à juste titre rechercher ces aspects dans leur cours. En regardant de plus près l’histoire et l’évolution du yoga, on peut noter que l’approche proposant des enchainements toniques et des postures de force se développe dans un contexte où les nationalistes indiens tentaient de résister à la colonisation britannique en s’inspirant alors de pratiques plutôt sportives venant d’Europe.

Est-ce que cela en fait pour autant uniquement une discipline sportive ? Non, pas vraiment. Ce serait occulter un grand pan de son histoire.

De plus, si l’on schématise un peu, dans un sport il y a des règles, un cadre, des points, une notion de performance, un objectif à la pratique. Je vise une cible. Je marque un but. Je mets mon adversaire au tapis. Dans le yoga, on travaille avec notre corps physique, on évolue au travers des postures mais finalement, l’objectif n’est pas toujours, selon les lignées, de bien les réaliser. On étudie un alignement parce qu’il nous permet d’explorer des zones de notre corps, ou pour ne pas nous blesser, mais il est ensuite interprété différemment en fonction des corps et des capacités de chacun, sans risque d’être disqualifié.e. On n’apprend pas une stratégie comme au football américain, on n’essaie pas de gagner. On peut assister à des cours pour être dans une démarche de dépouillement, sans rien rechercher, juste pour observer ses ressentis. Si objectif il y a, alors ce serait celui de mieux se connaître, corps et esprit.

Le yoga est-il une pratique méditative ? Une pratique ascétique ?

Ici aussi la réponse sera nuancée car le yoga a beaucoup évolué et il n’existe pas une voie unique, que l’on considérait comme étant la juste, l’authentique. Il faut voir le yoga comme un grand arbre avec les différentes branches qui le composent. Si l’on remonte aux origines du yoga, au temps du Véda et des Upanishads, on considérait alors l’existence comme misérable et source de souffrances. On cherchait à s’en extraire, à dépasser le corps physique vécu comme un fardeau, pour atteindre une forme plus divine, mettre fin au cycle des renaissances et atteindre la libération. On est bien loin de l’image actuellement véhiculée du yoga bien-être, n’est-ce pas ? 😉

Le corps était alors soumis à des pratiques ascétiques, des rituels stricts et l’unique posture connue était l’assise de méditation, toujours dans une volonté de se défaire de la souffrance et d’atteindre la libération. En pratiquant la méditation, dans l’immobilité la plus totale, les ascètes tentaient de ne pas engendrer d’expériences qui pourraient alourdir leur karma et contribuer au cycle des renaissances.

Le yoga, une pratique complexe et variée, en constante évolution

Le yoga tel qu’on le connaît aujourd’hui est l’héritage de toutes ces évolutions et différentes lignées en sont nées. Différents maitres ont étudié les textes, apporté leur vision, enrichi certains aspects, laissé de côté d’autres ou créé de nouvelles rivières. Parmi elles, la plus connue et la plus pratiquée est le Hatha Yoga, et ouvre la voie de ce que Mark Singleton appelle le yoga postural moderne.

Si je devais définir le yoga tel que je le perçois aujourd’hui au travers de ce que l’on m’a enseigné, de ce que j’ai gardé, mis de côté ou adapté, et répondre à la question initiale, je dirais qu’il s’agit d’une pratique où l’on explore notre corps au travers de postures. Ces postures ont un sens sur le plan physique mais aussi sur des corps plus subtils : on essaie d’adapter l’alignement à nos ressentis pour que le corps puisse se dénouer, s’étirer, relâcher la pression mise sur lui dans notre société actuelle. On redécouvre notre respiration complète, parfois limitée par le stress ou les vêtements. On reprend possession de notre corps et on le redéfinit. J’imagine le corps comme une grande carte IGN que l’on regarde de loin au départ, puis au fil des pratiques, on zoome et on arrive à percevoir de plus en plus précisément nos propres espaces. On découvre à nouveau, on prend confiance. C’est aussi la redécouverte de notre mental : on sort un peu de notre tête et du flot de pensées, et on comprend qu’il existe une autre présence en arrière-plan, confiante et sereine, capable d’observer avec du recul ce qui se passe. Le yoga, c’est aussi apprendre une histoire et une philosophie riches avec des enseignements millénaires pouvant nous permettre d’une certaine manière de réinventer un monde plus cohérent et doux : la non-violence (envers soi et envers l’autre), l’honnêteté, le contentement, la modération, le non-attachement… Si tu as envie d’en savoir plus sur la philosophie du yoga, tu peux lire ces articles :

Et toi ? Comment définirais-tu le yoga ? Partage ta vision en commentaire.

Merci pour ta lecture.


Commentaires

Une réponse à « Le yoga : un sport ? Une pratique méditative ? Une pratique ascétique ? »

  1. Merci pour cet article Alexandra!
    En effet il semble y avoir « plein de yogas »… J’aimais bien le déroulé de tes séances, où tu nous incites à nous « connecter à nous mêmes ».
    L’essentiel est de trouver celui qui convient à chacun.

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